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Israël - Jordanie 2008

Du Bleu s’est faufilé dans mes images comme un songe s’en vient visiter un dormeur et se déploie dans son sommeil.

Une présence bleue, errante, parfois crève l’espace du visible ; elle déracine des images qui demeuraient enfouies dans la mémoire à la limite de l’oubli. Elle a parfois cette allure de quelqu’un qui s’en va, et qui s’éloigne pour ne plus revenir. Nul ne saurait dire où elle va avec patience et endurance ; ce qui rythme sa marche, ce qui la pousse ainsi ; elle passe ou parfois s’immobilise, ignorant les frontières.

Ses pas sont silencieux, cependant on perçoit un murmure de vent qui tremble dans les plis de son voile et un bruit d’eau, ténu, infime ; comme susurrent les sources souterraines aux creux des roches millénaires, et déploient d’étranges résonances dans l’immensité du silence et du vide ; c’est un pleurement très bas, un sanglot retenu d’une infinie douceur.

Son corps est un lieu de confluence d’innombrables souffles.

C’est un être sans fin sur le point d’accéder à la vie, et sans fin sur le point de mourir.

Elle marche vers un horizon où tout peut transparaître ; les battements de cœur, les regards, les sourires et les larmes, des morts autant que des vivants.

C’est un bleu où puiser sans fin, une exigence, une aspiration, le cœur en alerte.

Modi,  d'après un texte de Sylvie Germain -  Israël / Jordanie 2008 

 

" Coup de gong à la porte du paysage, de ce paysage que nul n'a vu, de l'autre côté de cet autre côté."    Michel Butor
 

 

" Le sensible me rend ce que je lui ai prêté, mais c'est de lui que je le tenais.
Moi qui contemple le bleu du ciel, je ne suis pas en face de lui un sujet acosmique, je ne le possède pas en pensée,
je ne déploie pas au-devant de lui une idée du bleu qui m'en donnerait le secret,
je m'abandonne à lui, je m'enfonce dans ce mystère, il " se pense en moi",
je suis le ciel même qui se rassemble, se recueille et se met à exister pour soi,
ma conscience est engorgée par ce bleu illimité."     M. Merleau-Ponty